SpamScape (2005)

SpamScape fonctionne sur la prolifération de mots communément utilisés dans les spams des courriers électroniques. Les spams sont ces messages, publicitaires, non sollicités et envoyés en masse via les messageries électroniques. Leur nombre est considérable et ils représenteraient 80 % des communications électroniques. Un spam est envoyé en moyenne à un million de destinataires. Des filtres anti-spam sont mis en place pour détecter et bloquer instantanément ces messages identiques. En réaction, les spams contiennent maintenant toutes sortes de ruses comme l'inclusion d'images, de textes aléatoires, la combinaison de minuscules et majuscules, la permutation de lettres ou l'emploi de signes graphiquement similaires.

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Au-delà des contenus de ces messages publicitaires, c'est la combinaison de prolifération massive et d'emploi de lettres aléatoires qui intéressent Pascal Dombis. Dans SpamScape, il fait proliférer les mots de ces spams, jusqu'à saturer complètement l'écran. C'est le " black out " obtenu par l'accumulation du même mot qui met un terme à la prolifération et déclenche instantanément une autre séquence utilisant un mot différent. Chaque séquence a un rythme et un mouvement qui lui est propre. Les formes visuelles du travail de Pascal Dombis émergent de l'exécution de règles. Elles ne sont pas intentionnellement programmées.
SpamScape fonctionne comme une pulsation de séquences vidéo. Les mots s'y déstructurent pour donner de nouvelles compositions graphiques mouvantes sous l'action du déplacement du spectateur dans l'espace et de sa proximité avec l'écran. Devant l'écran, se trouve une zone de capteurs qui détectent la présence du spectateur. Lorsque celui-ci se rapproche afin de voir plus en détail l'image, il fait accélérer progressivement le rythme de la vidéo, ainsi que le volume sonore de la musique. SpamScape joue sur le déplacement avant-arrière, offrant la tentation de s'immerger dans l'image. Mais, plus on se rapproche de l'écran et moins on voit, l'image devenant irregardable (flicker du noir au blanc, images " fantômes ", images subliminales…) Le principe est ainsi opposé à celui de la vision d'une œuvre picturale classique.
La bande son de SpamScape a été composée par Thanos Chrysakis, musicien d'origine grecque vivant à Londres. Sans nullement chercher à illustrer la vidéo, il a composé une structure sonore en fonction des rythmes et des textures des images en mouvement. Il a combiné des micro-sonorités générées par ordinateur, avec des sons de piano et de cordes. Thanos Chrysakis a voulu se rapprocher du phénomène de Synchresis, en créant une fusion mentale du visuel et de l'auditif, pour renforcer la sensation d'immersion et de confrontation à l'écran créée par la vidéo.

SpamScape est un travail sur la lisibilité. Que peut-on lire et décoder d'un processus excessif, que cela soit un usage abusif de système de messagerie ou une prolifération graphique de messages ? Mais là où les spams cherchent à faire en sorte que le lecteur confonde le message publicitaire avec celui habituellement échangé, Pascal Dombis et Thanos Chrysakis cherchent à faire apparaître différents environnements sensitifs (vertige, plénitude, vortex, hantise, allégresse, sensation d'infini, effet de déjà-vu face à des structures non structurantes…) qui ne proviennent pas que d'effets optiques ou auditifs, ni - paradoxalement - d'effets de nature purement technologique.

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