[FR]
Cette installation vidéo confronte les questions existentielles aux moteurs de recherche Internet tel que Google. Ces moteurs sont typiquement utilisés pour trouver des informations simples et précises dans le réseau mondial du Web.
Pascal Dombis, pour cette installation, a collecté depuis plusieurs années des centaines de milliers d’images Internet qui renvoient aux phrases : « D'où venons-nous? » « Que sommes-nous ? » « Où allons-nous ? ». Et dans différents contextes linguistiques : “Where Do We Come From ? “Wer sind wir?”, “Dove andiamo ?”, « ¿De dónde venimos? »…
Ici, la recherche Internet est utilisée comme processus de création. Dombis ne sélectionne pas les images. Il s’attache non pas à chaque image en particulier mais à leur accumulation excessive et aux différents espaces mentaux qu’elles suscitent et créent. Prises individuellement, la très grande majorité des images publiées sur Internet — correspondant à ces questions fondamentales — n’offrent pas un réel intérêt. Spécifiquement, elles n’apportent pas de réponses concrètes. Ces images combinées ensemble et accumulées abondamment, construisent des espaces visuels qui offrent une série de déplacements sémantiques et se rapportent finalement aux questions métaphysiques posées.
L’artiste utilise un logiciel de lecture vidéo spécifique qui permet à ces séquences d’images d’être jouées à vitesse variable, de l’ultra-rapide — 300 images par secondes, où la vitesse excessive ne permet pas la lecture des images — jusqu’au mode très lent — plusieurs secondes par images où les images sont alors « normalement » décodées. Cette variation dans la vitesse donne au spectateur l’accès aux différents environnements « sensationnels »: vertige, allégresse, sensation d'infini, effet de tourbillon et de déjà-vu… Ils lui permettent de saisir ainsi sa propre image. Le dispositif tend à fonctionner comme un test mental projectif.
Ce projet n’apporte, bien sûr, pas de réponses directes aux questions : D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? Son objectif est plutôt d’explorer les espaces mentaux liés à l’accumulation excessive d’images Internet, ouvrant ainsi aux questions métaphysiques et existentielles. De fait, la question posée procède comme l’oracle delphique. Le maelström d’images est finalement une mise entre parenthèses phénoménologique du monde. Ne conduit-il pas à l’ultime formule : « Connais-toi toi-même ». Une relecture Husserlienne de la formule delphique : il s’agit de la conscience de soi qui s’extrait du monde environnant pour le retrouver autrement. Peut-être pouvons-nous considérer cette installation « vidéoweb-numérique »où le vertige des images constitue une sorte d’épiphanie, au sens joycien du terme, comme un fragment ouvert de réalité énigmatique qui demeure à déchiffrer dans son ambivalence symbolique.
[ENG]
This video installation entitled What_Next ? is tackling ontological questions through answers provided by Internet search engines. These programmes, including the universally famous Google, are used to find simple and precise information on the World Wide Web.
With this installation in mind, Pascal Dombis has collected over the years hundreds of thousands of pictures corresponding to such questions as “Where Do We Come From?’’, “What Are We Here For ?”, “Where Are We Going ?” and in different language context: “Wer sind wir?”, « Où allons-nous ? », « Dove andiamo ? », « ¿De dónde venimos? »…
In this kind of artistic gesture, the Internet is exploited as a creative process. Dombis makes no selection of the pictures produced. He is not interested in their discrete particularities or aesthetic qualities, but in their excessive accumulation as well as in the various mental scapes conjured up. If considered separately, most of the images obtained on the internet from such fundamental questions are indeed of no interest. They specifically do not provide any concrete answer but once juxtaposed and interwoven, give birth to visual spaces containing semantic translations and displacements, which in turn proves to be relevant to the metaphysical questions initially raised.
The artist makes use of a peculiar video-playing software which makes it possible to play those sequences at aleatory speed, from super fast 300 images per second (when pictures cannot be read any more) to super slow motion (several seconds for one single image which of course becomes very easy to decode). The variation of speed gives the viewer access to many possible ‘’sensation-al’’ environments: vertigo, alacrity, infinitude, swoon, or dejà-vu… It also makes it possible for the viewer to catch a glimpse of his own image, then. The installation, so to speak, works as a projective mental test.
Such a scheme does not provide any answer to the questions ‘’Where do we come from?’’ ‘Who are we ?’ or ‘Where are we going?’. The crux of the matter is rather to explore the mental spaces deriving from the excessive accumulation of images to be found on the internet, opening thus to contemporary metaphysical ontological questions. Henceforth, the real question unfolds as a dolphic oracle. The iconographic maelström finally appears as a phenomenological suspension of the world, as it does lead to the terminal formula: ‘’Know Thyself’’. It is as if Husserl were revisiting oracles : by attaining awareness of oneself through substraction from the surrounding world, one rediscovers it anew and different. Such a digital videoweb installation, in which the vertigo of images becomes some kind of Jocean epiphany, should be considered as an open fragment of enigmatic reality still to be deciphered in its symbolic ambivalence.
Patrick Amine, 2011