Extrait du catalogue "Le Temps Fractal"

Par Christine Buci-Glucksmann


L'inflexion est donc le propre des formes courbes et mutantes, de l'ellipse à la spirale et aux plis. Toujours virtuelle, elle n'existe que par le regardeur et les multiples manipulations qu'elle autorise. Aussi, quand les œuvres deviennent digitales et numériques, travaillées à l'ordinateur, comme c'est le cas de Pascal Dombis, Yvan Rebyj ou de Miguel Chevalier, le fractal met en œuvre une véritable culture des flux. Les surfaces relèvent alors de ce que les scientifiques appellent " l'effet papillon ". Ou comment un léger mouvement d'air se démultipliant, produit une tornade dans les Bermudes… Car alors, comme dans le travail de Pascal Dombis, les formes sont d'emblée entrelacs, rubans et flux occupant deux murs en coin comme chez Tatline. Calculées à l'ordinateur selon une progression fractale, imprimées, elles engendrent un véritable vertige du regard, qui se perd dans le fouillis apparent du détail et du tressé, pour mieux suivre les lignes-univers des courbes rouges, violettes ou bleues. Ces flux vectoriels réalisent les forces différentielles et continues d'un Leibniz. Chaque monade contient une multiplicité de mondes et d'expressions, et l'espace monadologique est tel que chaque partie exprime le tout, sous un certain point de vue. Il y a alors un haptique aérien (haptô, toucher-voir), où l'interférence des lignes et des plans crée un lieu en expansion et mouvement continuel sur les murs. Entre artifice et nature, plan et topologie, elle engendre un " espace-filet " de réseaux, un labyrinthe visuel de rhizomes, qui évoque les architectures contemporaines par sa légèreté et par un même vitalisme non organique.

Extrait du catalogue "Le Temps Fractal", Galerie Xippas, Paris, 2000

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